RAPPORT D’ENQUETE ECCLESIALE SUR LA PAUVRETE au CONGO Brazzaville

        

[Brazzaville - Congo] - 29-09-2008 (Louis PORTELLA-MBUYU)

Ces résultats d’enquête sur la pauvreté sont bienvenus. Ils sont un signe des efforts de lucidité évangélique que l’Eglise entend déployer pour être toujours plus fidèle à sa mission évangélisatrice qui implique d’"annoncer et actualiser l’Evangile au cœur du réseau complexe des relations sociales" (compendium 62)

 

C’est  l’occasion de remercier et féliciter, d’une part, ceux et celles qui ont conçu,  organisé et exécuté l’enquête et, d’autre part, ceux et celles qui en ont  exploité les données pour nous produire ce document important, je pense  particulièrement à la  Caritas-Congo, à la Commission  Episcopale Justice  et Paix, à nos partenaires habituels comme  le secours Catholique (Caritas-France), le C.R.S (Caritas Relief Service-Caritas  Etats-Unis), MISEREOR, au comité de pilotage, aux personnes ressources  sollicitées et qui se sontrendues  disponibles. Ce document  lève un coin de voile sur la situation socio-économique déplorable que vit une  couche importante de notre population, en effet, selon certaines sources  autorisées (Nation Unies), plus de 70% de la population Congolaise vit en  dessous du seuil de pauvreté.

Il est  donc urgent de nous laisser toucher et même secouer par ce drame. "Là où des hommes sont condamnés à vivre  dans la misère, les droit de l’homme sont violés. S’unir pour les faire  respecter est un devoir sacré", déclarait le P.J. WRESINSKI, fondateur  d’ATD-quart monde.


La  grande pauvreté n’est pas une fatalité à laquelle l’homme devrait se résigner.  Et même si toute société a tendance à se structurer dans l’injustice, il revient  à l’homme de se mobiliser pour la transformer, pour que soit assuré le  développement de tous les hommes et de tout l’homme, selon un principe de  la Doctrine  Sociale de l’Eglise appelé "principe de la destination universelle des  biens", et qui peut s’énoncer ainsi : "Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle  contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les  biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous,  selon les règle de la justice inséparable de la charité" (Gaudium et  spes, 69)


Pour  nous, Eglise, et pour les hommes de bonne volonté épris de justice et de paix,  ce rapport d’enquête est une interpellation. Nous avons à renouveler notre "option préférentielle pour les  pauvres" et faire du combat contre la pauvreté un axe prioritaire de  notre engagement pastoral, en nous rappelant que "notre Seigneur nous avertit que nous serons  séparés de lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et  des petits qui sont ses frères" (Catéchisme de l’Eglise Catholique,  1033, cf. Mt 25 ,31-46) Puisse  sa lecture libérer nos élans de solidarité et de générosité et susciter des  initiatives créatrices, afin que la résistance positive contre la pauvreté  mobilise de plus en plus toutes les couches de la société, avec, comme  perspective, la consigne donnée par Dieu à son peuple libéré de la servitude  d’Egypte ; "Qu’il n’y ait donc pas de pauvre chez  toi" (Deutéronome 15,4)
Monseigneur Louis  PORTELLA-MBUYU
Evêque de Kinkala
Président de la conférence Episcopale du  Congo 

 

Résumé du RAPPORT D’ENQUETE  ECCLESIALE
SUR LA PAUVRETE au CONGO  Brazzaville 

 

 
Sensibilisée depuis longtemps aux  questions de lutte contre la pauvreté, et désireuse d’apporter sa contribution  au processus stratégique national de réduction de la pauvreté (PSRP), l’Eglise  qui est au Congo Brazzaville a décidé d’approfondir sa connaissance de la grande  pauvreté en initiant une enquête sociale. Elle a ainsi entrepris d’aller à la  rencontre de 80.728 Congolais (représentant 12.908 ménages) dont elle a étudié  plus précisément la situation de 30.082 des plus pauvres d’entre eux  (constituant 4.980 ménages).
Le traitement et l’analyse des  données ainsi récoltés permettent de dresser une meilleure photographie de  toutes ces Congolaises et de tous ces Congolais survivant dans l’extrême  pauvreté. 
Ce qui,  en premier lieu, caractérise les plus pauvres sont  :
Leurs  conditions de vie : des logements  exigus et de qualité médiocre. 
En effet, l’enquête fait apparaître  que :
-          30 % des chefs de ménage locataires  vivent en ville où la vie parait plus chers contre 19,10% en zone rurale  
-          18,70% sont logés chez les  parents
-          L’enquête révèle aussi que les  ménages sont composés de 6
personnes en moyenne et 77,80% des logements ne  comportent pas plus de 3 pièces.
-          Des difficultés à se nourrir  convenablement, d’accéder à l’eau
potable, de se procurer l’énergie nécessaire,  d’avoir un emploi décent et suffisamment rémunérateur.  
L’enquête révèle que  :
-          58,50% des pauvres  passent une journée ou plus sans repas 
-          91,00% conservent l’eau dans les  bidons de 25  litres compte tenu de l’éloignement des points d’eau et  sont obligés en zone rurale par exemple de parcourir plus de  8  kilomètres parfois pour s’en  procurer
-          82,90% des pauvres déclarent  s’éclairer avec le pétrole
-          Les moins de 25 ans (soucieux  généralement de leur avenir) n’ont
guère d’autre possibilité que le petit  commerce.
-          Des ressources beaucoup trop faibles  ne leur permettent pas de
satisfaire à leurs besoins essentiels, surtout lorsque  surviennent des accidents de la vie (maladie notamment). Comment survivre quand  on a moins de 150 francs CFA par jour et par personne. Assurer les frais liés à  l’éducation des enfants est de plus en plus une gageure ;  
-          L’avenir des jeunes est ainsi  gravement obéré, et en outre quand les emplois font défaut. Certes les gestes de  solidarité sont nombreux, mais il est significatif de noter que les plus  pauvres, tout en bénéficiant, en perçoivent la contrepartie qui est un sentiment  de dépendance, générant chez eux un sentiment de solitude et d’exclusion. 45,40%  des pauvres en expriment à l’égard de leurs parents et amis venus à leur  secours.


Une  troisième partie s’essaie à analyser les causes de la pauvreté pour en  comprendre les mécanismes et de ce fait relever le cumul des handicaps qui  conduit à la grande pauvreté. L’absence d’emploi apparaît ainsi comme le facteur  crucial de la désocialisation. 
Les  conditions de vie qui sont actuellement celles des plus pauvres ont un fort  retentissement sur leur santé, en raison du manque d’hygiène (faute d’avoir  accès en suffisance à l’eau potable, au savon  etc.). L’inquiétude est grande pour les jeunes générations,  l’avenir ne dégageant guère de réelle  perspective.


Les  résultats de cette enquête sociale portent à la réflexion, mais plus encore à  l’engagement concret des différents services et acteurs de l’Eglise catholique  qui est au Congo.  Puissent-ils permettre à l’Eglise de renouveler sa  pastorale sociale en s’engageant plus profondément et plus activement dans la  lutte contre la pauvreté.
 

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