Congo: sept ans après la fin de la guerre, le Pool face à d'autres défis

De Laudes Martial MBON (AFP) – 2/04/2010

BRAZZAVILLE — Cela fait sept ans que "la guerre du Pool est terminée", constate Guillaume Nstiba, chef d'une association locale qui, comme d'autres Congolais, estime que cette région du sud du Congo doit maintenant régler des questions sociales et de sécurité.

Le 17 mars 2003, le gouvernement et le Conseil national de la résistance (CNR), dirigé par Frédéric Bintsamou alias Pasteur Ntumi, avaient pris des "engagements croisés" pour arrêter les hostilités après cinq ans de guerre, la dernière d'une série de quatre conflits depuis 1993.

Cette région voisine de Brazzaville en est sortie exsangue, avec plusieurs milliers de morts, des milliers de déplacés, des infrastructures détruites en grande partie, un fort taux de pauvreté et la perte de son statut de "grenier du Congo".

"La guerre du Pool est terminée depuis 2003. De cela, tout le monde ou presque est convaincu", affirme à l'AFP M. Nstiba, responsable de l'association "Solidarité entre nous" ayant une antenne à Kinkala, chef-lieu du Pool.

Une nouvelle route reliant Brazzaville et Ngambari via Kinkala a été inaugurée en mai 2009, réduisant le trajet à moins d'une heure, au lieu d'environ sept heures, et des organisations humanitaires "qui ont mené de grandes actions dans la zone se sont retirées parce qu'il n'y a plus d'urgence", relève M. Nstiba.

"Mais cela ne signifie pas que le Pool a été totalement libéré: la région dépend des autres pour se nourrir, ce qui était l'inverse hier. L'accès à l'eau potable et à l'assainissement laisse toujours à désirer", ajoute-t-il.

Roger Bouka Owoko, directeur exécutif de l'Observatoire congolais des droits de l'Homme souligne: "On ne peut pas ignorer ce que les accords de paix de 2003 ont apporté dans la résolution de la crise du Pool. Ntumi est sorti du maquis justement grâce à ces accords".

L'ex-chef rebelle, qui était retranché depuis 12 ans dans son fief dans le Pool, s'est rendu fin décembre à Brazzaville pour prendre ses fonctions de "délégué général chargé de la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre" au cabinet du président Denis Sassou Nguesso.

D'autres engagements des signataires des accords ont été officiellement lancés mais peinent à répondre à toutes les attentes, avance M. Bouka Owoko, évoquant la présence dans la région de bandits armés et de "voyous".

Exemple: le Programme national de démobilisation, désarmement et réinsertion des ex-combattants (PNDDR) a été lancé en juin 2008 par le gouvernement, "mais nous ignorons ce (qu'il) a donné comme résultats", poursuit Roger Bouka Owoko.

Officiellement, le PNDDR visait à prendre en charge 5.000 ex-combattants encore actifs autour de M. Ntumi, 6.000 éléments de la force publique et 19.000 auto-démobilisés.

Grâce à ce programme, "nous avons récupéré plus de 4.000 armes auprès de 5.000 ex-combattants", assure Philippe Bibi, conseiller au cabinet de Ntumi, dont le mouvement s'est mué en parti politique en 2007. "Des efforts importants ont été fournis. Mais les mesures d'accompagnement concernant la réinsertion socio-économique des jeunes n'ont pas suivi", note-t-il, sans autres chiffres.

Le côté gouvernemental clame sa bonne foi pour respecter les accords conclus et notamment conduire le PNDDR à son terme. "La paix est un long processus", avance pour justification du retard une source anonyme.

Le chef de l'opposition, Clément Miérassa, dit observer des "actes positifs de paix" depuis les accords de 2003. Mais, soutient-il, "au Congo, la paix n'est pas résumée par son statut. Il faut arrêter de créer des milices et d'acheter des armes".

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