Que fête-t-on le 15 Août au Congo ?

Par UFRCONGOBRAZZA le 14/08/2008

 Peut-on dire du 15 Août que c’est réellement la fête nationale du Congo ?

 Le but d'une fête nationale ne consiste t- il pas à fêter une victoire symbolique des humiliés d'hier sur les forces qui autrefois les asservissaient ? Au Congo, le 15 Août,  jour de la commémoration de l’indépendance du pays, la fête nationale se résume uniquement à la tenue d’un défilé militaire auquel on fait participer des personnalités étrangères dont les chefs d'États étrangers. Que fêtent réellement les Congolais le 15 Août ?   

Si les Congolais l’ont oublié, nous osons leur rappeler ceci : la résolution du conseil de sécurité sur la proclamation de l'indépendance du Congo a été signée le 23 Août 1960. Le 15 Août est-il réellement la fête nationale ?

Si c’est autre chose, de quoi peut-il s’agir et que doivent faire les Congolais? En guise d’aide, pour la compréhension de ce dont il est question, il est conseillé de surfer sur le lien ci-après.

http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=S/RES/152(1960)&Lang=E&style=B  

En effet, comme nous venons de le dire dans l'introduction, le but d'une fête nationale est celle de favoriser la cohésion et 1'homogénéité de la nation. La fête nationale  renforce symboliquement le sentiment d'appartenance à la nation. Elle a aussi une fonction de transmettre de génération en génération une histoire avec des héros qui  remontent aux passés. De plus,  la fête nationale renouvelle périodiquement les croyances à ces héros et aux mythes fondateurs de la nation, elle permettent ainsi de relier le présent au passé et d'inscrire le peuple dans une histoire qui les dépassent en tant quindividu. Et oui, la fête nationale doit raconter une histoire, elle doit mimer cette histoire, elle doit critiquer cette histoire; en quelque sorte, la fête nationale est une revanche symbolique des humiliés d'hier sur leurs bourreaux qualifiés de bouc émissaire de tous les maux de la nation.  

Le Congo a un passé très riche,  fait de luttes, de résistances et des désobéissances à l'égard du colonisateur. Des héros comme Matsoua  André Grénard,  Mabiala Manganga,  Bouéta Mbongo,  Magounga  ont payé de leur vie pour notre libérté. Si le 15 Août  est réellement une fête nationale, il devrait raconter , mimer, critiquer cette histoire  en les  rehaussant par des symboles, eux les  humiliés d’hier du système colonial Français. C'est par le sang de ces héros que devrait se faire la cohésion nationale et l'homogénéité de la nation Congolaise. (voir  http://www.commission-refugies.fr/IMG/pdf/Congo-prophetes_Eglises_et_milices.pdf ) 

Il n'y a pas de plus grand sacrifice que celui de donner sa vie pour la liberté des autres sans distinction de tribus, de langues et de régions. Oublier et négliger  ces héros de la lutte de libération du peuple congolais devenu indépendant depuis le 23 août 1960 est une faute grave,

car la fête nationale met en symbiose le passé et le présent, les vivants et les morts.  

Que fête t- on le 15 Août ?   Que peut – on dire du défilé militaire, des  invitations des chefs d'États étrangers à la fête nationale fixée au 15 août ?  Avant la conférence nationale souveraine de 1991, les Congolais fêtaient la chute du pouvoir de Youlou transformée en révolution  des trois glorieuse. Il était devenu en quelque sorte notre bouc émissaire idéal et l'image du colonialisme Français. Cette Commémoration de sa chute est une  mauvaise traduction de la commémoration de la fête de l’indépendance du Congo, donc une honte pour l'histoire du Congo. Certains responsables congolais ont voulu changer l’histoire et, en la changeant ce n’est plus de l’histoire du Congo qu’il s’agit. Dans cette façon de voir l’histoire, on  peut être amené à voir le 15 Août 2008 être fêté par Monsieur Sassou Nguesso comme une victoire militaire sur le régime de Monsieur Pascal Lissouba. Ce n'est pas cela la fête nationale.

A travers la fête nationale,  Les Congolais  du nord au sud, d’Est à l’Ouest  remercient les générations antérieures et regardent une même direction. Pour qu'une fête soit nationale, il faut qu'elle corresponde à un événement de portée nationale.

Mais que représente le 15 Août pour les Congolais?  Certes, Il y a  des  rassemblements et des manifestations dans le pays ce jour là. Mais où se situe l'intérêt des commémorations de héros du passé?  Je ne pense pas que le 15 Août soit une journée historique pour le Congo. C'est une victoire des ennemis de l'histoire du Congo sur le Congo. Aucun  média ne rappelle  les actes de bravoures    de nos ancêtres contre l'occupant colonisateur. Dans l'esprit des Congolais, on ne voit pas l'intérêt, à part que ce jour est férié, chômé et payé. Le 15 Août ne soude pas les Congolais. Au lieu d'unir la nation autour des symboles et les  héros du passé comme Matsoua..., la fête nationale du Congo divise les Congolais. Une Nation se fonde sur des valeurs, sur des  mythes et sur des héros, en permettant ainsi de relier le présent au passé et d'inscrire le peuple dans une histoire qui les dépassent en tant quindividus. Le jour de la fête nationale doit être un jour de rappel à celui, qui hier nous a asservi et à qui nous voulons dire aujourd’hui ceci: « plus jamais çà ! » C'est çà l'indépendance et la liberté. Les Français ne font-t-ils pas la même chose par rapport à ce qui a entravé leur liberté et indépendance ?

Au regard de tout ce qui précède, nous pouvons dire que le 15 Août, l'on  ne commémore pas la fête nationale car la fête nationale favorise la cohésion et l'homogénéité de la nation autour d'un passé commun avec ses héros. La fête nationale  renforce symboliquement le sentiment d'appartenance à la nation et à ses héros. Elle transmet de génération en générations une histoire, un passé commun avec ses héros qui remontent depuis les origines. La fête nationale a ce devoir de valoriser les héros nationaux d'hier. Travestir l'histoire de la nation revient à tuer pour une deuxième fois ces héros de la nation congolaise. Ce dernier cas de figure est l’œuvre uniquement des hommes politiques enfermés dans les idées communautaristes : c’est un crime contre la Nation et contre l'Histoire. Nous avons besoins des symboles pour vivre ensemble.  La fête nationale nous met en présence des symboles auxquels le peuple se retrouve. Il nous faut revenir donc aux fondamentaux pour bien vivre notre fête nationale.

 

UFRCONGOBRAZZA

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires (7)

1. IOTI 15/08/2008

Bravo l'UFRCONGOBRAZZA pour votre article! Vous venez de poser un vrai problème.Si nous aimons tous le Congo, dès aujourd'hui,il est urgent de revenir au fondamentaux pour que la fête nationale raconte l'histoire de nos héros. Comment nous sommes arrivés là ?

2. MWATUJusqu’à présent, je n’arrive pas à comprendre ce que cherchent les laris. Qui a fait perdre Mat 16/08/2008

Jusqu’à présent, je n’arrive pas à comprendre ce que cherchent les laris. Qui a fait perdre Matsoua André ? C’est nous mêmes, nous l’avions propulsé dans la réussite politique et nous l’avons par la suite laissé tombé.
C’est vous qui m’avez choisi, j’ai combattu, travaillé. Voila que les autres tribus trouvent à redire. Que cherchent donc les laris en voulant détruire ce qu’ils ont eux-mêmes façonné.
Sachez que le pouvoir est en train de nous glisser entre les mains. Réalisez-vous même que les actes que vous venez de poser sont attristants. Qui sont ces citoyens qui aiment leur chef et lui font la guerre ?
Détrompez-vous, ceux qui vous manipulent ne combattent pas pour vous, mais pour leur argent. Ils ne voient pas le travail que j’ai réalisé non !
Si vous voulez me comprendre, reprenez votre calme, je trouverai une solution appropriée à la situation. Voila ce que j’avais à déclarer ce soir. »

3. boulamatari 16/08/2008

Tiadi le Congo ! Le Mensonge de l'histoie devient insuportable.Les papys révolutionaires, marxistes- léninistes doivent comprendre que l'histoire n'a pas de régions.Ces pères de famille aliènent la liberté de leurs enfants. Un peuple sans racines c'est un arbre sans racines.

4. boulamatari 16/08/2008

Tiadi le Congo ! Le Mensonge de l'histoie devient insuportable.Les papys révolutionaires, marxistes- léninistes doivent comprendre que l'histoire n'a pas de régions.Ces pères de famille aliènent la liberté de leurs enfants. Un peuple sans racines c'est un arbre sans racines.

5. taleno 18/08/2008

Introduire des interrogations, par ces temps-ci, est un genre intellectuellement salutaire.
Car, le fait d'éliminer le 15 août 1963, sous le prétexte de l'avènement d'une nouvelle
religion ayant pris la relève de la révolution, c'est-à-dire le libéralisme, a quelque chose de
bizarre, d'illogique. Ainsi, on fait le tri des mythes fondateurs sur l'histoire du Congo-
Brazzaville.
Quel sens accorder à ces commémorations ? Quels événements parlent au coeur de au coeur de tous les

Congolais ou, du moins, à l'immense majorité ? Le 13 juillet 2004, l'ambassadeur de France
au Congo, à l'occasion de leur fête nationale, dans un bref speech, a rappelé les fondements
de l'événement : liberté, égalité, fraternité. Trois piliers sur lesquels repose la nation
française. Nous qui avions été à l'école des Français et avions vécu moult bouleversements,
sur quoi bâtissons-nous notre pays ? Sur quelles valeurs se construit le Congo, depuis nos
ancêtres, en passant par les colonisateurs et nos dirigeants congolais ?
Petits, nous admirions, sur l'avenue Paul Doumer, le 14 juillet, le défilé des troupes
françaises. Le clairon fendant le coeur, nous insufflait l'héroïsme à la Don Quichotte ! A
Fort-Rousset, des jeux et concours organisés donnaient à ce bourg l'allure d'une foire. On
avait une compréhension sommaire du 14 juillet. On ne saisissait que le superficiel. Mais, le
15 août renvoie à quoi, donc ?
Si l'on cherche des repères historiques, pourquoi pas célébrer le 31 mars 1957, qui vit un
Congolais, Ludovic-NapoIéon-Jacques Opangault, diriger un gouvernement intégrant des
Français et des Congolais ? Un vrai bouleversement à l'époque coloniale.
En effet, Robert Stéphane Tchitchelle eut comme secrétaire l'épouse d'un homme
d'affaires, Mambot Eh nzembo oh ! Pourquoi de tels font ont-ils été rayés des symboles ?
Tout comme en novembre 1958, quand l'abbé Fulbert Youlou fut élu maire de la capitale de
l'Afrique équatoriale française ? Ahi " l'abbé Mundele ndombi " chantèrent ses partisans,
tandis que les sympathisants d'Opangault entonnèrent " Soso ameli ngando ", pour célébrer
le vice-président du conseil de gouvernement du Moyen-Congo.
Que reste-t-il du 28 novembre 1958, quand l'Assemblée territoriale, à Pointe-Noire,
proclama la République ? Au lycée Chaminade, sous la direction de M. Daniel Ovaga, nous
exécutâmes, au stade Eboué, le 28 novembre 1960, des mouvements gymniques, auxquels
Moïse Tchombé, arrivé en retard, donna des appréciations élogieuses. C'était férié.
Le 15 août 1960, André MaIraux, dépêché par le général de Gaulle, fit la tournée de
l'Afrique pour proclamer l'indépendance. Curieuse affaire, quand le 28 septembre 1958, le
Moyen-Congo, invité à choisir entre l'Indépendance ou la Communauté, opta pour la
Communauté.
Les partisans de l'indépendance ne recueillirent que 2181 voix contre 339.081, oui, soit 99%
qui refusèrent l'indépendance.
L'indépendance fut octroyée, en 1960, alors qu'elle fut refusée en 1958, par les Congolais
eux-mêmes. Seule, la Guinée-Conakry la prit immédiatement. II y a, de ce point de vue, un
problème ! II n'y eut de jacqueries à Brazzaville, ni de grèves, ni de guérilla, ni de bombes,
ni de prises de position nette, des partis politiques, ni des syndicats. Consultez la presse : la
Revue Liaison, La Semaine de l'A.e.f, ou tout autre support. Les textes de la F.e.a.n.f, de
l'A.e.c, circulant sous le manteau n'ont pas embrasé le Congo. Leurs ténors étaient
Noumazalayi, Matsocota, Van den Reysen. Mbadi-Miehakanda, dont les carrières politiques
ont, depuis, traduit les réalités de leur engagement de gauche.

Pourquoi, se lave-t-on le cerveau au détergent ? Mais diantre, quels événements font notre
unanimité ? La révolution du 15 août 1963 ? Le 31 juillet 1968 avec l'éviction du président
Massamba-Débat ? Est-ce la création du P.c.t, le 31 décembre 1969? ou l'avènement du
Comité militaire du parti (18 mars 1977) ayant pris la relève du commandant Marien Ngouabi
? Alors, est-ce le 5 février 1979, quand sous le prétexte du déviationnisme idéologique de
Yhomby Opango ? Massamba-Débat accusé de socialisme bantu fut victime d'un putsch. Et la
grève générale déclenchée par la C.s.c, dirigée par Michel Bokamba Yangouma contraignit le
Pc.t à démocratiser le régime, d'où le rébus au multipartisme ? Et ce fut la Conférence
nationale souveraine qui fit le procès des acteurs politiques congolais. Le professeur Pascal
Lissouba, à l'issue d'une Transition pilotée par André Milongo, fut élu, après une élection
pluraliste, président de la République, en août 1992.
Aujourd'hui, après la guerre de partisans du 5 juin 1997, le général Denis Sassou Nguesso
est revenu aux affaires, le 15 octobre 1997, et s'est fait élire en mars 2002, pour un
mandat de sept ans renouvelable. Quelle signification y donner ?
Mais, il y a trop d'événements mal débrouillés qui conduisent à se poser des questions. Où
puiserons-nous les références pour bâtir un pays de droit, faisant de la gestion pour le plus
grand nombre, la préoccupation fondamentale ? Pas facile, il nous faut réfléchir ; car
personne ne croit notre pays en bonne santé. Nous sommes, pour ainsi dire, en panne de
pensée. Comment conduire ou guider nos enfants chez lesquels est mort le sens du
patriotisme ?
Cette interrogation me vient d'un échange entre une personnalité de la place et son neveu,
brillant élève des classes terminales des lycées.
-" Mais, tonton, tu parles sans cesse de vertu et de morale, alors que mes copains passent
leur temps à vagabonder et à voler des millions de francs à leurs riches parents dignitaires
du régime, faisant la fête chaque soir au Ramdam (boîte de nuit célèbre de Brazzaville,
installée dans l'hôtel Le Méridien); ils sont sûrs, de surcroît, de réussir à leur bac du coup,
avec mention, et de bénéficier de bourses d'E at pour l'étranger. Comment, dans ces
conditions, continues-tu de me répéter que l'honnêteté garantirait mon avenir ?
t
-
Tu sais que les emplois dans la police, la gendarmerie et l'armée sont en priorité
offerts aux jeunes porteurs d'armes, ayant appartenu à diverses milices, et volé et
assassiné.
-
De même qu'à la Fonction publique, les emplois ne sont accessibles qu'aux jeunes
introduits auprès des recruteurs des ministères, en contrepartie des sommes
d'argent (50.000, 100.000 et 300.000 F.Cfa pour les titulaires du brevet, du bac et
de la licence). Pourquoi ne m'offres-tu pas de l'argent pour réussir, comme les
autres, à gagner une place ?
- Je ne suis pas le seul en détresse, il est vrai. Mais, ta morale, ton honnêteté, c'est
pour les imbéciles comme nous. Pourquoi tu te bouches les oreilles, quand il s'agit de mon
avenir ? Vraiment, le pays est en panne ! "



- En panne ?
Cette conversation, sans éclats de voix, a lieu en mars 2003. Cet oncle au brillant
parcours d'études et de carrière, a assumé des charges importantes d'Etat. Il me
sollicite du regard, mais je n'interviens pas.
II est peu facile, au demeurant, de prêcher le respect des normes et lois qu'on sait
quotidiennement bafouées. Et l'on passe, à entendre ce jeune lycéen, pour un imbécile à
claironner des règles qui ne s'appliquent nullement. Il y a, de fait, un dysfonctionnement
dans la société, entre le faire et le dire, la pratique et la théorie. De ce point de vue, il y
a vraiment, comme souligne ce jeune homme, une panne. Mais, de quelle panne s'agit-il au
Congo-Brazzaville

6. indep 26/08/2008

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par Hannibal | samedi 16 août 2008 | (73) Commentaires
Depuis son accession à l’indépendance, on a une nette impression que le colonisateur est toujours là, mais par congolais interposés. Ses traces sont partout. Quand elles ne sont pas purement et simplement rétablies, les survivances coloniales sont mêmes renforcées, surtout en termes économiques et culturels, nous confinant dans le rôle éternel de pourvoyeurs de matières premières ou de soutien indispensable au rayonnement de la France grâce à l’impérialisme culturel de la francophonie. Tout est fait comme si le seul domaine où l’indépendance est effective, est celui de la prédation et du pillage des ressources par les autorités congolaises.

Tous les 15 Août, le Congo fête son indépendance. Le président de la république se présente en « le père de la nation ». Le temps se veut solennel, revue des troupes par le Chef de l’Etat, hymne national, parades militaires, défilé des différents corps de la société face au Chef de l’Etat, à son gouvernement, aux corps constitués, aux diplomates… En apparence, nous avons la traduction d’une indépendance juridique et politique reconnue par l’ONU. Le peuple y croit d’autant que cette journée est considérée comme chômée et payée.


Diogène Senny Or, une indépendance ne se limite pas à la reconnaissance juridique par l’ONU, mais par la capacité du souverain premier, c’est-à-dire le Peuple à s’autodéterminer en s’emparant des attributs qui lui sont attachés afin de devenir maître de soin destin. Les attributs de l’indépendance sont d’ordre politique, économique, culturel... et n’ont un sens que lorsque le Peuple s’en sert concrètement avec souveraineté en élisant librement ses représentants, qui sont chargés de mettre en application des politiques économiques et culturels conformes à leur mandat.

Au regard de son évolution politique, peut-on honnêtement reconnaître que l’indépendance du Congo est une réalité ou bien le rituel du 15 Août n’est qu’un leurre de plus fait au Peuple, ce souverain premier tant méprisé ?

Depuis son accession à l’indépendance, on a une nette impression que le colonisateur est toujours là, mais par congolais interposés. Ses traces sont partout. Quand elles ne sont pas purement et simplement rétablies, les survivances coloniales sont mêmes renforcées, surtout en termes économiques et culturels, nous confinant dans le rôle éternel de pourvoyeurs de matières premières ou de soutien indispensable au rayonnement de la France grâce à l’impérialisme culturel de la francophonie. Tout est fait comme si le seul domaine où l’indépendance est effective, est celui de la prédation et du pillage des ressources par les autorités congolaises.

L’indépendance politique du Congo

Nous prendrons juste quelques exemples pour illustrer cette indépendance illusoire tant chantée par les autorités de Brazzaville. Il est aujourd’hui une évidence au Congo-Brazzaville, même lorsqu’on a la faveur du suffrage universel, sans une onction de l’Elysée, que l’on ne pourra jamais gouverner le pays en paix. Des antécédents existent, et le cas le plus symptomatique est l’effondrement du régime Lissouba, même si ce dernier n’est pas pour rien dans sa propre chute alors qu’il a été élu avec une majorité plus que confortable.

A l’occasion des dernières élections présidentielles françaises, on a vu le pouvoir de Brazzaville s’inquiéter tant que le nouveau locataire de l’Elysée n’avait pas précisé ses véritables intentions sur ce qu’on appelle : la Françafrique. Depuis l’apaisement est revenu, puisque le nouveau président français a juré de continuer dans la ligne tracée par ses prédécesseurs, dont le plus célèbre, le général de Gaulle.

En général, les autorités politiques congolaises sont inquiètes quand elles apprennent qu’un opposant à leur pouvoir bénéficie de l’attention de certains responsables politiques français. Mais cette croyance est bien ancrée même au-delà des autorités politiques en place. Tout dernièrement quand le général Ngouélondélé a tenu sa réunion à Versailles, dite « Conclave de Versailles », dans le milieu congolais, le bruit a couru dans le sens de la préparation d’un éventuel successeur à Sassou Nguesso par Paris. En revanche, si le général Ngouelondélé avait tenu la même réunion en Allemagne ou en Italie, elle n’aurait pas eu le même impact psychologique chez les congolais.

C’est dire que 48 ans après cette fameuse indépendance, les intérêts du colonisateur passent toujours avant la volonté du souverain premier, le Peuple. Même durant la période de la parenthèse « révolutionnaire », malgré une phraséologie démagogique anticolonialiste, on sait aujourd’hui que l’ombre du colonisateur n’a jamais été loin du pouvoir politique. Ainsi, aurait-on reconnu dans le long traquage et l’assassinat de Pierre Anga, une aide militaire de Paris, dépêchée par Jaques Chirac, premier ministre à cette époque.


L’indépendance économique du Congo

La structure économique héritée de la colonisation était basée sur le ravitaillement exclusif de l’hexagone : chemin de fer, bois, café, ports…, réduisant ainsi le Congo dans une économie de rente, dans la mono-culture… Or le sens même de l’indépendance économique est non seulement de briser cette structure de subordination ou de la réorienter, mais surtout de doter le pays d’un tissu économique susceptible de répondre aux besoins des populations avant de penser à ravitailler le colonisateur.

Le constat est là, notre économie est demeurée particulièrement rentière. De surcroît, dominée par le colonisateur, capable de faire la pluie et le beau temps. Secteur agro-alimentaire inexistant, même les produits de première nécessité sont importés au prix fort chez le colonisateur. En fait, la structure coloniale est demeurée intacte.

Quant à la monnaie, attribut de la souveraineté, là aussi notre irresponsabilité a été complètement consacrée. Sous prétexte de la garantir, sa gestion a été complètement cédée au colonisateur, subissant ainsi des dévaluations sans que notre avis soit demandé. En 48 ans, nous n’avons pas mis en place une politique, même dans le cadre sous-régional et continental plus tard, qui nous aurait permis progressivement de recouvrer notre souveraineté.

Par conséquent, au sein de la banque centrale, le colonisateur a le droit de blocage conféré par les statuts de l’établissement, c’est-à-dire avec notre plein accord. Ce qui revient à dire même pour mettre en place une politique ponctuelle de crédit afin d’inciter les opérateurs économiques à contracter des crédits d’investissement, nous avons besoin de la voix du colonisateur, qui peut, en effet, tout boycotter ne serait-ce qu’avec une politique de la chaise vide.

L’indépendance culturelle du Congo

L’une des fonctions de la colonisation a été de tuer la personnalité culturelle en nous. En commençant par nous donner un prénom chrétien obligatoire, tout en prenant soin de déformer à sa guise nos noms de famille, en leur donnant une consonance typiquement occidentale. Ainsi beaucoup ne savent même plus ce que veut dire leur nom. Or, l’ultime liberté, celle qui vient avant toutes les autres, est la capacité de se nommer soi-même, nommer sa propre réalité. Ce n’est pas pour rien que chaque fois que le colon prend possession d’un lieu, son premier acte, est de le renommer, ainsi il prend l’ascendance sur son environnement. Le film « ROOTS » est édifiant sur cette question.

Vu les dégâts dans le domaine culturel, on aurait pu s’attendre de la part de nos dirigeants à une véritable révolution culturelle, en matières linguistique, artistique, musical, coutumière... Alors même que le président se présente comme « père de la nation », aucune politique culturelle consistant à renforcer la « conscience nationale » afin que le congolais sorte du ghetto culturel dans lequel il est enfermé et qui nourrit malheureusement les préjugés et autres méfiances. L’absence d’éducation culturelle chez les congolais, est telle qu’ils confondent « le sentiment ethnique » qui est noble en soi avec « le tribalisme ».

Du coup, à part le Fespam qui est un événement particulier, les seuls moments où l’on parle du Congo dans la Culture, c’est dans le cadre de la francophonie. En l’absence de véritables politiques culturelles, nos artistes, nos écrivains, nos musiciens se dirigent vers l’ancien colonisateur pour servir de soutiens à son rayonnement culturel. Et derrière le faux dialogue des culturels, les CCF (centre culturel français) à Pointe-Noire et à Brazzaville, sont les espaces créés par le colonisateur pour maintenir sa présence même dans le monde culturel.

Le Mausolée de la HONTE : le summum de l’oxymore de l’indépendance est dans la symbolique

La visite du Mausolée de Brazza fait partie intégrante désormais du protocole d’Etat. Certains visiteurs de marque, de passage au Congo, sont conduits directement en ces lieux pour admirer la reconnaissance nègre à la bienfaisante colonisation française, en saluant là, à cet endroit, l’homme par qui le bonheur serait arrivé.

La question qui triture les méninges tout de suite est celle de savoir, comment Sassou Nguesso, arrive à résoudre l’oxymore c’est-à-dire le méga-paradoxe face à ses invités de marque ? Pourquoi fêter alors l’indépendance si de Brazza nous avait apporté du bonheur ?

Franchement, c’est inconcevable. Jamais le Congo n’a mis autant de moyens pour rendre hommage à nos anciens qui ont versé le sang en combattant la colonisation, ce cancer apporté par de Brazza. Aucun musée national, aucun lieu historique significatif, aucun centre culturel digne, mais on a trouvé quand même le moyen d’élever au rang de pharaon, d’ailleurs un autre de nos ancêtres inconnus des congolais, un explorateur colonial. Il fallait le vivre pour le croire.

Les dirigeants politiques parlent beaucoup de la nation, mais ne font rien pour rendre effective cette idée dans la tête des congolais. Quel autre moyen efficace, dans un pays où la conscience nationale, déjà tenue, a été si gravement atteinte avec les guerres civiles, que de réunir dans un grand musée national, toute l’histoire nationale depuis la préhistoire jusqu’à aujourd’hui ? En faisant travailler tous les historiens afin qu’aucune partie du pays ne se sente lésée et en faisant de ce lieu le passage obligatoire, comme un pèlerinage, à tous les élèves et surtout de réitérer en miniature le même lieu dans tous les chefs lieux du pays ?

En plus, de Brazza n’a jamais été ignoré des congolais. Non seulement, la ville porte son nom, l’un des espaces publics le plus important, mais aussi le lycée S. de Brazza, après avoir été débaptisé, porte toujours son nom. Mais pourquoi ce Mausolée de la honte ? Pourquoi cette provocation ?

Il y a là, dans cette sur-adoration de l’étranger au détriment des siens, quelque chose d’anormal, de pathologique même, chez les congolais.

Conclusion

L’état d’esprit actuel qui prédomine au Congo en ce jour d’indépendance, ne saurait être mieux analysé que par cet extrait ci-dessous du discours du Pr Cheikh Anta Diop en 1984, en réponse aux questions des étudiants du Niger :

L’aliénation culturelle finit par être partie intégrante de notre substance, de notre âme et quand on croit s’en être débarrassée, on ne l’a pas encore fait complètement.

Souvent le colonisé ressemble un peu, ou l’ex-colonisé lui-même, à cet esclave du XIXème siècle qui libéré, va jusqu ’au pas de la porte et puis revient à la maison, parce qu’il ne sait plus où aller. Il ne sait plus où aller... Depuis le temps qu’il a perdu la liberté, depuis le temps qu’il a apprit des réflexes de subordination, depuis le temps qu’il a apprit à penser à travers son maître (...)

Panafricainement,

Diogène Senny

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7. Joe_Grinnell (site web) 02/03/2009

Bon site!
Joseph Normand Grinnell.
Rédacteur en chef de «Le Journal du Maudit Gratteux.»
Grand Isle, Maine, États-Unis.

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