Il y a trente-huit ans, le premier président du Congo quittait la terre des hommes

5 mai 1972 – 5 mai 2010 : Il y a trente-huit ans, le premier président du Congo quittait la terre des hommes

Alors que le pays a entamé les manifestations marquant le cinquantenaire de son indépendance, la date anniversaire de la disparition du premier président congolais, mort en exil, à Madrid (Espagne), le 5 mai 1972, risque de passer inaperçu. Il y a 38 ans, en effet, que le premier chef d’Etat, qui a conduit le Congo à l’indépendance, quittait la terre des hommes. Le président Marien Ngouabi eut la hauteur d’esprit de permettre à ses compatriotes de lui rendre un hommage ultime. Sa dépouille fut ainsi rapatriée à Brazzaville et après trois jours de recueillement et de prière en la cathédrale Sacré-Cœur, il fut inhumé en sa terre natale de Madibou, le 16 décembre 1972. Bannie par les régimes révolutionnaires qui se sont succédé à la tête du pays du pays depuis 1963, sa mémoire a été réhabilitée par la Conférence nationale souveraine de 1991 et le gouvernement du président Denis Sassou Nguesso lui a consacré un monument devant la mairie de Brazzaville, là où se tint la cérémonie de proclamation de l’indépendance de la République du Congo.

Le président abbé Fulbert Youlou.
L’abbé Fulbert Youlou est l’un des hommes politiques populaires de l’histoire du Congo, quoique sa vie politique fut controversée. Il est le premier chef d’Etat qui, tout d’abord, en tant que chef du gouvernement, chapeaute la naissance de la République du Congo, le 28 novembre 1958, et qui, le 15 août 1960, conduit son pays à l’indépendance. Prêtre catholique ordonné le 9 juin 1946, il s’engagea en politique un an après son ordination sacerdotale, contre le gré de ses supérieurs qui le lui firent savoir, en le révoquant des ordres, jusqu’à lui interdire de porter la soutane, très à  la mode, à l’époque. Un prêtre missionnaire français l’encouragea, pourtant, dans sa vie politique. Il s’agit du père Charles Lecompte, présenté, parfois, comme son maître à penser. C’est par un échec que le prêtre congolais commence sa vie en politique, en se faisant battre aux élections territoriales de 1947.

En 1955, il réussit à se faire élire aux élections législatives. Commence, alors, une carrière politique au cours de laquelle il va connaître une ascension rapide. Pour s’y faire, il crée, le 17 mai 1956, un parti politique: l’U.d.d.i.a (Union démocratique pour la défense des intérêts des Africains) d’obédience chrétienne libérale, mais dont l’emblème est le caïman. Très vite, il jouit d’une popularité mythique dans les rangs de ses partisans originaires du Pool. Le premier grand succès de son parti sera aux élections municipales de 18 décembre 1956 où il emporte les trois mairies de Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie. Fulbert Youlou devient ainsi maire de la capitale. Mais, le départ de son vice-président, Simon Kikounga Ngot, qui crée son propre parti, et se rapproche de la coalition formée par le M.s.a (Mouvement socialiste africain) de Jacques Opangault, et le P.p.c (Parti progressiste congolais) de Félix Tchicaya, le prive de l’électorat du Niari. L’U.d.d.i.a arrive en seconde position, derrière la coalition menée par Jacques Opangault, aux élections territoriales de 1957, destinées à élire le chef du territoire du Moyen-Congo. Mais, la différence n’est que d’un siège (23 contre 22). Un siège qui fera le malheur du Congo, avec l’affaire du député du Niari, Georges Yambot, qui, en quittant la coalition du M.s.a et en rejoignant l’U.d.d.i.a, fait basculer la majorité en faveur de Fulbert Youlou, accusé d’avoir corrompu le représentant du Niari. La crise politique qui s’en suit trouve une issue dans la formation d’un gouvernement d’union U.d.d.i.a-M.s.a, conduit par Fulbert Youlou et dont Jacques Opangault est le vice-président.

A la proclamation de la République, le 28 novembre 1958, l’U.d.d.i.a et le M.s.a ne s’entendent pas sur le contenu de la nouvelle Constitution, lors de la séance de l’assemblée territoriale à Pointe-Noire. Pris de colère, les députés de la coalition M.s.a claquent la porte de l’assemblée et, derrière eux, les députés de l’U.d.d.i.a votent les nouveaux textes. Le conseil du gouvernement est remplacé par un gouvernement provisoire dirigé par Fulbert Youlou, l’assemblée territoriale devient législative et son siège est transféré de Pointe-Noire, où des troubles éclatent, à Brazzaville, où l’U.d.d.i.a compte le plus grand nombre de ses partisans.

Mais, la crise va atteindre Brazzaville, plus tard, le 16 février 1959, lorsque le M.s.a exige la dissolution de la chambre selon l’accord signé avec l’U.d.d.i.a, pour reprendre les élections. La violence éclate à Poto-Poto et embrase la ville. Il y aurait eu une centaine de morts et des maisons incendiées. C’est la fameuse guerre de 1959. Fulbert Youlou finira par s’entendre avec son principal adversaire et aîné, Jacques Opangault, non sans lui avoir, d’abord, fait subir la prison et affaibli son parti, le M.s.a, qui a perdu un grand nombre de députés. En effet, après la proclamation de l’indépendance, le 15 août 1960, Fulbert Youlou forme un gouvernement d’ouverture dans lequel Jacques Opangault fait son entrée en tant que ministre d’Etat et vice-président du conseil.

Mais, le président Youlou, qui renforce son pouvoir personnel, en faisant voter une Constitution de type présidentiel, se heurte à l’opposition des syndicalistes, lorsqu’il veut mettre en route son projet de parti unique, à partir d’août 1962. Pourtant, les deux autres partis politiques, le M.s.a et le P.p.c, approuvent ce choix. Le 13 août 1963, les syndicalistes déclenchent un mouvement qui débouche, le 15 août, sur la démission du premier chef d’Etat du Congo. Arrêté et jeté en prison, au camp militaire, puis au camp de la gendarmerie au Djoué, Fulbert Youlou s’évade et rejoint Kinshasa (à l’époque Léopoldville), le 25 mars 1965. Il sera condamné, le 8 juin 1965, par contumace, à la peine capitale, par un tribunal populaire institué par le régime socialiste dirigé par Alphonse Massamba-Débat. Ayant refusé l’aide du président Kasavubu de reconquérir le pouvoir par les armes avec le soutien des mercenaires, il prend le chemin de l’exil à Madrid, en Espagne, la France ayant refusé de l’accueillir. Il meurt en exil, le 5 mai 1972, d’une hépatite, à l’âge de 55 ans.

Joël NSONI
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